Solitude et isolement

Pourquoi la solitude devient-elle l’une des grandes inquiétudes du XXIᵉ siècle ? Alors que jamais les individus n’ont été aussi connectés, jamais ils ne se sont dits aussi seuls : en France, une personne sur cinq déclare éprouver régulièrement un sentiment de solitude, et plusieurs millions vivent dans un isolement relationnel quasi complet. Le phénomène, longtemps associé au grand âge, touche désormais fortement les jeunes générations. Certains pays en ont fait un objet de politique publique à part entière, jusqu’à créer des ministères dédiés, tandis que l’épidémiologie établit que l’isolement social pèse sur la santé et la mortalité autant que les grands facteurs de risque classiques. Assiste-t-on à une véritable « épidémie de solitude », ou à la montée d’une sensibilité nouvelle à un phénomène ancien ?
Du côté des structures familiales, la progression de la monoparentalité inquiète aussi. Ces cellules familiales ne pâtissent pas forcément d’une solitude ressentie, mais reposent sur un isolement caractérisé juridiquement.
Ces évolutions invitent les sciences sociales à renouveler l’analyse des formes contemporaines du lien social. Sait-on distinguer, mesurer et expliquer l’isolement objectif — la rareté ou la pauvreté des relations — et la solitude ressentie qui peut saisir l’individu au milieu des autres, au travail ou dans la foule ? Comprend-on pourquoi la solitude frappe inégalement selon l’âge, le sexe, le milieu social ou le territoire ? Les technologies numériques, les réseaux sociaux et désormais les compagnons virtuels proposés par l’intelligence artificielle atténuent-ils l’isolement ou en recomposent-ils les formes ? Et que peut l’action publique face à un mal qui se joue dans l’intimité des relations ?
